Dans un hôpital abandonné, deux choses doivent immédiatement provoquer la fuite : entendre un enfant rire et découvrir que le médecin utilise encore Internet Explorer. Caroline Walker, elle, reçoit la photographie de deux jumelles disparues et décide de partir seule enquêter dans un manoir transformé en clinique. Dans les jeux d’horreur, appeler la police reste visiblement considéré comme un manque flagrant d’ambition.
La promenade se termine rapidement dans une baignoire, reliée à une machine médicale dont l’entretien n’a manifestement jamais été validé par l’Assurance maladie. Caroline se réveille mutilée, enfermée et entourée de créatures qui semblent avoir été assemblées avec les restes d’un bloc opératoire et beaucoup de colère. Bienvenue à Winterlake.
Ce test de Tormented Souls a été initialement publié en mars 2022. Il a été entièrement réécrit et actualisé en août 2026, tout en conservant l’avis formulé à partir des versions PS5 et PC.
Tormented Souls est un survival horror à l’ancienne construit autour de l’exploration, des plans fixes, de la gestion des ressources et des énigmes. Caroline traverse les couloirs d’un immense manoir reconverti en hôpital, récupère des clés, examine des objets, combine du matériel et ouvre progressivement de nouveaux passages. La carte devient rapidement indispensable pour éviter de chercher pendant vingt minutes une porte croisée trois opérations chirurgicales plus tôt.
- PLATEFORMES : PC, PS4, PS5, Xbox One, Xbox Series X|S, Nintendo Switch
- DÉVELOPPEUR : PQube
- ÉDITEUR : PQube
- DATE DE SORTIE : 27 août 2021
Les affrontements reposent sur des armes improvisées, des munitions peu abondantes et une mobilité volontairement limitée. Le jeu permet d’utiliser des commandes modernisées ou une configuration plus proche des anciens contrôles « tank », pour ceux qui considèrent encore qu’effectuer un demi-tour doit ressembler à la manœuvre d’un camping-car.
Il faut donc choisir ses combats, conserver ses soins et accepter de traverser certaines pièces en espérant que la créature laissée au sol ait eu la politesse professionnelle de rester morte.
Une histoire de jumelles, de baignoire et de médecine approximative
L’intrigue suit Caroline Walker, attirée à Winterlake après avoir reçu la photographie inquiétante de deux jumelles. Son enquête l’entraîne dans l’histoire d’une famille, d’expériences médicales douteuses et d’un établissement où le serment d’Hippocrate a probablement servi à caler une armoire.
Le récit ne révolutionne pas le survival horror et plusieurs révélations pourront sembler familières aux habitués du genre. Il fonctionne néanmoins grâce à ses documents, ses personnages étranges et sa progression suffisamment mystérieuse pour donner envie d’ouvrir la prochaine porte, même lorsque tout indique qu’elle contient une atrocité et certainement pas la salle de pause.
Les miroirs permettent également de rejoindre une autre réalité et d’agir sur différentes époques. Cette mécanique apporte quelques-unes des séquences les plus intéressantes du jeu et lui permet de dépasser le simple hommage sous perfusion à Resident Evil.
Les plans fixes sont revenus et ils savent encore faire peur
La grande réussite de Tormented Souls réside dans sa mise en scène. Les angles de caméra fixes empêchent parfois de voir ce qui attend Caroline au bout d’un couloir. Un bruit métallique se rapproche, une silhouette traverse le fond de l’image et le joueur avance en visant quelque chose que la caméra refuse encore de montrer. C’est injuste, légèrement archaïque et particulièrement efficace.
L’hôpital de Winterlake possède une véritable cohérence visuelle. Les salles médicales délabrées, les appartements abandonnés, les sous-sols et les machines rouillées composent un environnement sinistre sans transformer chaque pièce en concours de cadavres suspendus. L’éclairage et le travail sonore suffisent souvent à installer le malaise.
Les animations et certains visages trahissent les moyens limités du projet, mais l’atmosphère compense largement. Tormented Souls comprend que la peur ne vient pas uniquement d’un monstre lancé à pleine vitesse vers la caméra. Elle vient aussi d’une porte entrouverte, d’un bruit dont on ignore la provenance et de cette certitude qu’il faudra bientôt revenir dans la morgue.
Tormented Souls ne propose pas de sauvegarde automatique. Pour enregistrer la progression, il faut trouver des bobines et rejoindre un magnétophone. Mourir peut donc coûter une longue séquence d’exploration, plusieurs énigmes résolues et une partie considérable de sa bonne humeur.
Ce système crée une tension que les sauvegardes permanentes ont presque fait disparaître. Chaque nouvelle pièce représente un risque et chaque retour vers un point de sauvegarde devient un petit voyage tactique. Faut-il utiliser une bobine maintenant ou poursuivre encore quelques minutes avec trois cartouches, un morceau de tissu sale et une confiance totalement injustifiée ?
Les énigmes participent également à cette philosophie. Elles demandent d’observer les environnements, de lire les documents et de manipuler réellement les objets de l’inventaire. Certaines solutions sont volontairement tordues, mais la majorité reste suffisamment logique pour provoquer ce délicieux sentiment d’intelligence qui accompagne la résolution d’un mécanisme impliquant un cœur en plastique et un cadavre.
Rendre hommage aux anciens survival horror implique malheureusement de récupérer une partie de leurs problèmes de dos. Les combats manquent de souplesse, les armes de mêlée sont rarement agréables et certaines collisions donnent l’impression que Caroline se bat contre le décor en même temps que contre les monstres.
Les caméras fixes peuvent aussi perturber les déplacements lors d’un changement d’angle. Ce choix fonctionne parfaitement pour la peur, beaucoup moins lorsque deux créatures bloquent un passage étroit et que la commande permettant de fuir décide soudain de réinterpréter le concept de direction.
La seconde moitié perd également une partie de son effet de surprise. Le retour dans plusieurs lieux déjà visités nourrit le sentiment de progression, mais finit par émousser la découverte. L’aventure ne s’effondre jamais, elle devient simplement un peu moins inquiétante lorsque chaque couloir commence à ressembler au trajet habituel entre la cuisine et les toilettes.
Des zombies solides comme des armoires, des boss en carton mouillé
En 2021, Tormented Souls apparaissait comme une anomalie délicieusement poussiéreuse. En 2026, il conserve cette identité. Ses rigidités sont plus visibles, mais son level design, ses énigmes et son utilisation des plans fixes restent suffisamment solides pour que l’expérience ne repose pas uniquement sur la nostalgie.
Le jeu est désormais disponible sur PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X|S et Nintendo Switch. Sa réussite a également permis la naissance de Tormented Souls 2, sorti le 23 octobre 2025. Le souhait formulé dans notre ancien test s’est donc réalisé : les développeurs ont bien fait des petits, probablement dans une cave humide et sans demander les autorisations sanitaires nécessaires.
MON AVIS
Tormented Souls ne se contente pas d’imiter Resident Evil, Silent Hill et Alone in the Dark. Il reprend leurs codes, comprend ce qui les rendait efficaces et construit une aventure possédant sa propre atmosphère. Les sauvegardes limitées, les énigmes, l’exploration et les plans fixes offrent une tension devenue rare dans les productions modernes.
Les combats rigides, quelques collisions capricieuses et une seconde moitié moins surprenante l’empêchent d’atteindre l’excellence. Cela ne suffit toutefois pas à gâcher une aventure généreuse, oppressante et pensée avec un véritable amour du survival horror.
Tormented Souls ressemble à un jeu retrouvé au fond d’un vidéoclub fermé depuis vingt ans. La boîte sent l’humidité, la notice colle légèrement aux doigts et personne ne sait ce qui est arrivé à l’ancien propriétaire. Évidemment, nous recommandons de l’emporter chez vous.
TRÈS BIEN
Points forts
- Une atmosphère particulièrement réussie
- Des plans fixes utilisés intelligemment
Points faibles
- Des combats encore trop rigides
- Quelques collisions capricieuses





