Il y a des traditions qu’on ne questionne pas.
Comme celle de fermer les rideaux pendant une tempête, de laisser une vieille musique jouer sur un tourne-disque, ou de foutre les voiles dès qu’une sœur possédée vous appelle depuis un hôpital oublié. Certaines traditions sentent le moisi, d’autres la naphtaline… mais celles-là sentent le formol, le sang séché et la vieille peur bien tapie. Et Tormented Souls 2 ? Il les honore toutes. C’est un jeu qui entre dans la pièce comme une gouvernante stricte de pensionnat gothique : raide, élégante, menaçante. Il n’est pas là pour plaire à tout le monde. Il n’est pas là pour évoluer le médium. Il est là pour vous rappeler ce que c’était que de mal respirer en avançant dans un couloir où tout semble vous observer. Et bon sang, que ça fait du bien.
Plateformes : PC
Développeur : Dual Effect
Éditeur : PQube
Sortie : 23 octobre 2025
Souviens-toi d’une époque où le simple bruit d’un cadenas faisait transpirer. Où tu pouvais rester bloqué vingt minutes à combiner un tournevis rouillé avec un collier d’enfant. Où chaque balle dépensée ressemblait à un sacrifice. Tormented Souls 2, comme son grand frère, revient avec cette vieille valise remplie de souvenirs traumatisants :
•Caméras fixes comme le premier Alone in the dark
•Tank controls comme Silent Hill et Résident Evil sur PsOne
•Une ambiance poisseuse
Caroline Walker revient. Elle n’a plus rien d’une victime, mais elle n’est pas non plus une guerrière. Elle avance parce qu’il faut avancer, et que derrière, c’est pire. On retrouve cette ambivalence délicieuse du survival horror pur jus : avancer est dangereux, mais reculer est impossible. Entre deux monstres difformes et une sœur en perdition, il y a l’urgence, le deuil, le combat.
Le grand art de Tormented Souls 2, c’est la mise en scène par l’immobilité. On pense à Silent Hill premier du nom, à Resident Evil époque manoir – mais sans jamais tomber dans le pastiche stérile. Les angles sont travaillés, parfois vicieux. On entre dans une salle, et la caméra fixe vous montre juste assez pour nourrir l’angoisse, mais jamais assez pour vous rassurer.
Et dans cet éclairage parcimonieux, chaque ombre devient suspecte. Une bougie. Un briquet. Et parfois, le néant.
Le système de lumière, déjà très malin dans le premier épisode, est ici affûté comme une lame sacrificielle. Si vous aimez le noir, tant mieux : il va vous avaler.
Côté gameplay, c’est le retour d’un genre qu’on croyait fossilisé.
Pas d’indicateurs fluo, pas de checkpoints tous les dix mètres. Ici, pour progresser, il faut chercher. Combiner. Observer. Noter parfois. Et si certaines énigmes sentent un peu la naphtaline (le portrait à tourner, la clé à reconstituer…), l’ensemble fonctionne car il est intégré avec respect au level design.
Si vous cherchez du gunfight nerveux, passez votre chemin.
Le combat est là, oui. Mais c’est un poids, pas un plaisir. Vos armes sont bricolées, vos munitions comptées, et vos ennemis… résistants. Trop, peut-être ? Certains joueurs l’ont pointé : on vide parfois un chargeur artisanal sur un monstre qui n’a même pas de tête. Est-ce frustrant ? Un peu. Est-ce voulu ? Sans doute.
Car Tormented Souls 2 n’est pas un jeu de pouvoir. C’est un jeu de survie, au sens premier. On y meurt, lentement, à chaque couloir traversé. À chaque salle vide. À chaque pas en avant.
L’une des réussites majeures du titre, c’est son ambiance sonore. Bruitages discrets mais glaçants, nappes musicales qui savent quand se taire, et surtout… cette capacité à faire naître l’inquiétude dans le vide. Un couloir peut être silencieux, et vous faire douter de votre existence. Une porte peut grincer, et vous faire prier un dieu oublié.
C’est beau. Pas d’une beauté tape-à-l’œil. Mais d’une beauté morbide, comme un musée d’anatomie. L’Unreal Engine 5 est là, oui, mais il ne crie pas son nom. Il habille. Il soutient. Il permet des lumières qui suintent, des murs humides, des corps abîmés.
Certes, les animations faciales font parfois penser à des poupées de cire qui viennent de recevoir une mauvaise nouvelle. Et les doublages, bien que meilleurs que dans le premier épisode, n’atteignent pas encore l’Oscar. Mais l’ensemble tient. Parce que ce n’est pas un jeu qui cherche à briller. C’est un jeu qui cherche à vous éteindre.
Le scénario ne réinvente rien, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. On y trouve une sœur à sauver, des prêtres douteux, des expériences interdites, et ce qu’il faut de deuil pour nourrir la symbolique.
Mais ce qui frappe, c’est la sincérité du récit. Il n’y a rien de cynique ici. Tout est fait avec amour. Un amour noir, moite, gothique – mais sincère.
Tormented Souls 2 n’est pas un jeu parfait. Mais il est rare.
Rare par son respect du genre.
Rare par sa capacité à effrayer sans artifices.
Rare par sa volonté d’exister en 2025 en disant : non, on n’a pas besoin d’une carte à objectifs, ni d’une IA procédurale, ni d’un skin Fortnite à 40 euros pour faire peur. Il suffit d’un peu de silence, de lumière vacillante, et d’un bon vieux tournevis rouillé.
MON AVIS
On pourrait croire que Tormented Souls 2 est une curiosité. Une relique. Une anomalie. Mais c’est l’inverse.C’est un rappel. Une bougie dans l’obscurité, qui dit : « Tu te souviens de moi ? Je suis le jeu qui t’a fait hésiter avant d’ouvrir une porte. Celui qui t’a fait noter un code sur un papier. Celui qui n’a jamais voulu te sauver. »
EXCEPTIONNEL
Points forts
- Une ambiance terriblement réussie
- Des énigmes bien pensées
- Une direction artistique morbide et soignée
Points faibles
- Quelques animations rigides
- Des ennemis un peu trop « sacs à PV ».
- Peut-être trop exigeant pour le joueur habitué aux horreurs modernes formatées
Test effectué sur :
PC (Steam)
