Il existe quelque part dans l’univers un entrepôt rempli de projets abandonnés. Des suites annulées, des concepts refusés, des idées jetées à la poubelle parce qu’un directeur marketing a estimé qu’elles n’étaient « pas assez tendance ». J’aime imaginer que cet entrepôt est gardé par un vieil homme en imperméable qui nourrit des pigeons radioactifs tout en regardant des VHS moisies de survival horror. Et puis un jour, quelqu’un a forcé la porte. Ce quelqu’un, c’est Hollowbody.
Un survival horror à l’ancienne où l’on explore une zone interdite britannique, entre caméra fixe, gestion des munitions, énigmes, exploration et affrontements tendus contre des créatures cauchemardesques.
Dès les premières minutes, une évidence s’impose : Hollowbody n’essaie pas de réinventer la roue. Il cherche plutôt à retrouver le goût du caoutchouc brûlé des roues d’avant. Celles qui grinçaient dans les rues brumeuses de Silent Hill et les couloirs inquiétants de Resident Evil. Et contre toute attente, ça fonctionne remarquablement bien.
- PLATEFORMES : PC (Steam), XBOX SERIES, PS5
- DÉVELOPPEUR : Headware Games
- ÉDITEUR : Headware Games
- DATE DE SORTIE : 5 juin 2026
Dès les premières minutes, une évidence s’impose : Hollowbody n’essaie pas de réinventer la roue. Il cherche plutôt à retrouver le goût du caoutchouc brûlé des roues d’avant. Celles qui grinçaient dans les rues brumeuses de Silent Hill et les couloirs inquiétants de Resident Evil. Et contre toute attente, ça fonctionne remarquablement bien.
Une lettre d’amour aux survival horror des années 90
Le jeu porte ses influences avec une franchise presque désarmante. Caméras fixes, angles travaillés, progression méthodique, inventaire limité, munitions précieuses : tout est là. Mais contrairement à certains hommages qui ressemblent à des cosplays un peu gênants, Hollowbody comprend pourquoi ces mécaniques fonctionnaient.
Chaque couloir devient une source d’inquiétude. Chaque porte fermée suscite la curiosité. Chaque balle tirée ressemble à une petite négociation avec l’avenir. Le jeu retrouve cette tension particulière que beaucoup de productions modernes ont oubliée : celle de ne jamais être vraiment certain d’avoir suffisamment de ressources pour la suite.
S’il fallait résumer Hollowbody en une image, ce serait probablement une rue déserte éclairée par un lampadaire malade alors qu’un brouillard sale s’accroche aux murs. L’ambiance est sa plus grande réussite. On pense évidemment à Silent Hill, mais le jeu possède sa propre personnalité. Son univers techno-noir britannique dégage quelque chose de froid, de poisseux, de presque industriel.
Les graphismes rétro participent énormément à cette réussite.
À une époque où certains studios dépensent des fortunes pour afficher chaque pore de la peau d’un personnage, Hollowbody rappelle qu’un peu d’abstraction peut parfois être bien plus efficace. Les textures imparfaites, les jeux d’ombre agressifs et les limitations volontaires deviennent des outils de mise en scène. Le cerveau complète les vides. Et comme souvent en horreur, ce qu’il imagine est pire que ce qu’on pourrait lui montrer.
Le résultat est délicieusement oppressant.
Une ambiance lourde comme un ciel d’orage
Il faut être clair : Ebola Village ne s’inspire pas de Resident Evil. Il le suit dans la rue avec une fausse moustache et un carnet de notes.
L’inventaire est là. Les coffres sont là. La save room est là. L’animation d’ouverture des portes est là. Les objets de soin sont là. Les clés sont là. Les allers-retours sont là aussi, avec la générosité d’un facteur qui se serait trompé de quartier pendant trois semaines. Même les fameuses plantes de Resident Evil trouvent leur cousin local sous forme d’infusions, comme si Capcom avait été traduit par une grand-mère russe inquiète pour votre digestion.
C’est là que ce test d’Ebola Village devient presque impossible à formuler normalement. Car le jeu ne cache jamais son modèle. Il montre Resident Evil du doigt, puis tente de recopier le tableau avec un marqueur fatigué. Tout y est, mais sans le liant, sans l’élégance, sans la science de la tension. Resident Evil vous enferme dans un labyrinthe pensé comme une horloge suisse possédée. Ebola Village, lui, vous met dans un village moche et vous dit : “Va chercher une demi-clé.” Pas une clé. Une demi-clé. Parce que même les objets ont été licenciés en deux temps.
Là où l’ambiance évoque souvent Silent Hill, le gameplay regarde davantage du côté de Resident Evil.
Les affrontements sont rares mais dangereux.
Les ennemis encaissent.
Les ressources ne tombent pas du ciel. Chaque rencontre devient un petit exercice de gestion du stress où l’on hésite constamment entre combattre ou économiser ses précieuses cartouches.
Cette tension permanente donne beaucoup de poids à l’exploration et maintient l’intérêt jusqu’au bout. On avance avec prudence, comme quelqu’un qui traverse une maison hantée en essayant de ne pas réveiller le parquet.
Tout n’est cependant pas parfait.
Certaines énigmes donnent parfois l’impression d’exister davantage pour ralentir le joueur que pour enrichir l’expérience. On finit parfois par chercher la logique du développeur plutôt que celle du monde.
Les allers-retours sont également nombreux. Les amateurs du genre hausseront probablement les épaules en disant que cela fait partie du contrat, et ils n’auront pas complètement tort. Malgré tout, quelques passages auraient gagné à être un peu plus resserrés. Enfin, la bande-son connaît quelques baisses de régime. Certaines pistes sont excellentes, d’autres beaucoup plus discrètes et moins mémorables.
Mais honnêtement ?
Ce sont de petites fissures dans un édifice particulièrement solide.
Des zombies solides comme des armoires, des boss en carton mouilléUn survival horror qui comprend ce qui rendait les classiques spéciaux
Le plus beau compliment que l’on puisse faire à Hollowbody, c’est qu’il ne ressemble jamais à une simple imitation.
Oui, il emprunte énormément à ses modèles.
Oui, il affiche fièrement ses influences.
Mais il les utilise pour construire quelque chose qui possède sa propre identité.
À une époque où le survival horror oscille souvent entre blockbuster survitaminé et expérience purement narrative, Hollowbody rappelle à quel point une caméra fixe, quelques balles dans une poche et une bonne ambiance peuvent encore faire des merveilles.
Comme quoi il suffit parfois de regarder dans le rétroviseur pour retrouver le bon chemin.
MON AVIS
En refermant Hollowbody, une pensée étrange persiste. Celle d’avoir joué à quelque chose qui n’aurait jamais dû exister.
Pas parce que le projet est trop ambitieux ou trop bizarre. Non. Parce qu’à l’heure où l’industrie court après les mondes ouverts gigantesques, les systèmes de progression tentaculaires et les cartes remplies d’icônes comme un sapin de Noël sous amphétamines, voir un studio revenir avec autant de conviction à une formule vieille de plusieurs décennies paraît presque irréel.
Et pourtant, Hollowbody rappelle une vérité que l’on oublie parfois : la peur n’a jamais eu besoin de centaines d’heures de contenu. Elle a besoin d’incertitude. D’un couloir que l’on hésite à emprunter. D’une porte qui refuse de s’ouvrir. D’une dernière balle conservée au fond d’un chargeur comme un petit trésor personnel.
Le jeu n’est pas parfait. Certaines énigmes feront lever les yeux au ciel et quelques allers-retours donneront l’impression de remplir artificiellement le temps de jeu. La bande-son, elle aussi, manque parfois l’occasion de transformer certaines scènes en moments véritablement inoubliables. Mais aucune de ces faiblesses ne suffit à faire vaciller l’ensemble. Parce que Hollowbody possède quelque chose que beaucoup de productions modernes cherchent désespérément sans toujours le trouver : une âme.
Une identité. Une atmosphère.
On sent derrière chaque écran fixe, chaque ruelle abandonnée et chaque créature surgissant de l’obscurité une véritable compréhension du survival horror. Pas seulement de ses mécaniques, mais de sa philosophie. Cette idée selon laquelle le joueur doit constamment avancer malgré sa peur plutôt que la combattre frontalement.
Le plus beau, finalement, c’est peut-être que Hollowbody ne cherche jamais à devenir le nouveau Silent Hill ou le nouveau Resident Evil. Il emprunte à ces géants, les respecte profondément, puis trouve progressivement sa propre voix dans les échos de leurs ruines.
Et lorsque le générique apparaît, une sensation familière revient. Celle des longues soirées passées devant une télévision cathodique, quand chaque angle de caméra pouvait cacher un monstre et que l’imagination faisait la moitié du travail.
Cette sensation est devenue rare.
Hollowbody la retrouve.
Et rien que pour cela, ce voyage dans ses rues malades et ses cauchemars industriels mérite largement d’être entrepris. Parce qu’au milieu de tous les hommages nostalgiques qui sortent chaque année, certains se contentent de copier le passé.
Hollowbody, lui, se souvient pourquoi ce passé était si spécial.
EXCELLENT
Points forts
- Ambiance exceptionnelle
- Caméras fixes inspirées
- Tension constante
Points faibles
- Quelques énigmes forcées
- Beaucoup d’allers-retours
- Musiques inégales





