Kioku: Last Summer

Il existe quelque part une île où les crabes se collectionnent, les billes deviennent des monstres de combat et les enfants roulent à vélo avec la gravité d’un ministre qui aurait perdu son cartable. Cette île s’appelle Kioku. Elle est jolie, chaleureuse, colorée, pleine de promesses, et parfois aussi fonctionnelle qu’un château gonflable monté dans une éruption solaire.

Kioku: Last Summer est une aventure 3D cosy centrée sur l’exploration d’une petite île, les rencontres, les quêtes simples et la collection. Dans la peau d’Asti, une enfant fraîchement arrivée sur l’île de Kioku avec son père, il faut parcourir les chemins à pied ou à vélo, aider les habitants, capturer des crabes, découvrir des autocollants, participer à des courses et collectionner des créatures-billes dans le mini-jeu Marubi.

- PLATEFORMES : PC (Steam)

- DÉVELOPPEUR : Lugn Games

- ÉDITEUR : Assemble Entertainment

- DATE DE SORTIE : 28 mai 2026

Une carte postale japandi qui donne envie de sécher l’école jusqu’à la retraite

Kioku: Last Summer possède immédiatement cette qualité rare : celle de donner envie de s’y promener avant même d’avoir compris ce qu’il faut y faire. Son mélange d’influences japonaises et scandinaves, parfois baptisé « japandi », transforme l’île en petite carte postale estivale. Les couleurs sont douces, les couchers de soleil semblent sortir d’un dessin animé que l’on aurait regardé en mangeant des Chocapic trop tard, et les chemins invitent naturellement à quitter la route principale.

Le vélo apparaît rapidement comme le meilleur compagnon d’Asti. Il ne révolutionne pas le jeu vidéo, il ne possède pas de turbo, il ne se transforme pas en dragon, mais il donne à l’exploration une vraie sensation de liberté. Kioku fonctionne le mieux quand il oublie ses objectifs et laisse simplement le joueur vagabonder, suivre un sentier, atteindre une plage ou tomber sur un détail caché.

C’est là que le jeu tient sa plus belle promesse : faire revivre l’idée d’un été d’enfance interminable, celui où une sortie de vingt mètres pour acheter du pain pouvait se transformer en expédition polaire avec un bâton, trois cailloux et une décision absurde.

Pour un jeu d’horreur russe, Ebola Village possède une base qui aurait pu fonctionner. Le décor rural, la contamination biologique, les habitants transformés, les maisons isolées, l’ambiance poisseuse : tout cela pourrait nourrir un vrai survival horror un peu sale, un peu brut, un peu détraqué. Mais le jeu trébuche sur presque tout ce qu’il essaie de construire. Il installe des idées, les oublie, les ramasse, les secoue, puis les jette dans un couloir en espérant qu’un zombie passera dessus.

Quand l’aventure se transforme en tournée de livraison pour enfants non déclarés

Le problème de Kioku: Last Summer est qu’il confond parfois tranquillité et vide. L’aventure avance au rythme de journées découpées en petites missions, souvent basées sur la recherche d’objets, les allers-retours et les discussions avec les habitants. Au début, cela fonctionne plutôt bien. L’île est nouvelle, Asti découvre ses voisins, les activités sont encore variées et chaque détour peut cacher une surprise.

Puis la mécanique se répète. Il faut retrouver ceci, rapporter cela, parler à cette personne, repartir à l’autre bout de l’île, puis revenir voir la première personne qui avait sans doute très bien pu envoyer un SMS. Les personnages, censés être le cœur affectif de cette aventure estivale, peinent souvent à dépasser leur fonction de distributeurs de missions. Le jeu parle d’amitié, mais l’amitié semble parfois se construire à coups de services rendus et de dialogue unique répété jusqu’à l’épuisement de l’âme humaine.

La durée n’est pas non plus gigantesque. Compter environ quatre à cinq heures pour voir le générique, davantage pour vider l’île de ses autocollants, défis et succès. Cela aurait pu convenir à une petite aventure concentrée. Malheureusement, certains objectifs ont la fâcheuse tendance à faire de la longueur une discipline olympique.

Marubi, la pêche aux crabes et les activités qui auraient mérité une deuxième couche de peinture

Kioku: Last Summer tente de casser le rythme avec plusieurs activités. La pêche aux crabes, les courses à vélo et la collection de stickers offrent des respirations agréables, même si leur profondeur reste limitée. Elles sont pensées comme des petits plaisirs de vacances plutôt que comme des systèmes capables de porter l’aventure entière.

Le cas du Marubi est plus intéressant. Ce mini-jeu de billes à créatures, quelque part entre le jouet de cour de récréation, Pokémon et un Beyblade qui aurait obtenu un CDI, est probablement l’idée la plus singulière de l’ensemble. Il faut constituer une équipe de trois créatures-billes et les envoyer au combat dans une arène. L’intention est bonne, la collection peut être plaisante, mais l’équilibrage semble fragile. Une fois une bonne équipe obtenue, le suspense finit par partir en vacances sans laisser d’adresse.

Le jeu contient donc des bonnes idées, beaucoup même. Seulement, elles restent souvent au stade du premier brouillon prometteur. Kioku donne l’impression d’avoir imaginé les vacances parfaites, puis d’avoir oublié d’emporter assez de contenu dans la valise.

Une île qui demande de ralentir, sauf quand elle décide de casser la barrière de sécurité

Le vrai naufrage se situe sur le plan technique. Les retours évoquent régulièrement des bugs de quête, des dialogues qui refusent de se déclencher, des personnages qui se téléportent, des éléments de collection qui ne se valident pas, des sauvegardes problématiques, des crashs et plusieurs situations de blocage complet.

Ce serait déjà pénible dans un jeu d’action nerveux. Dans un titre cosy qui demande de se laisser porter par son ambiance, cela devient beaucoup plus grave. Rien ne détruit plus efficacement la sérénité qu’un personnage entouré d’un joli cercle de fleurs qui vous regarde en silence, parfaitement conscient que votre quête ne se lancera jamais.

Lugn Games a proposé des correctifs après le lancement, ce qui montre une volonté de réaction. Mais la prudence reste de mise. Un jeu peut tout à fait être petit, imparfait, fabriqué avec des moyens limités et rempli de maladresses. En revanche, un jeu ne peut pas demander au joueur d’être détendu tout en menaçant régulièrement de le coincer dans une mission corrompue.

Kioku: Last Summer est un souvenir d’été plus beau dans l’idée que dans la pratique

Kioku: Last Summer n’est pas un mauvais jeu parce qu’il manque d’ambition. Au contraire, son problème vient précisément de la beauté de ses ambitions. Il veut capturer la liberté enfantine, la douceur des vacances, les copains étranges rencontrés au bord de l’eau, les journées sans enjeu et les jouets qui deviennent des univers entiers. Sur le papier, le programme est merveilleux.

Dans les faits, l’île de Kioku est souvent magnifique, parfois touchante, régulièrement attachante, mais trop fragile pour soutenir tous les rêves qu’elle transporte. L’exploration et le vélo donnent de vrais moments de liberté, la direction artistique installe une identité forte et Marubi apporte une petite excentricité bienvenue. Mais l’écriture peu marquante, les missions répétitives et les problèmes techniques sapent trop souvent la balade.

MON AVIS
Kioku: Last Summer mérite d’être surveillé après plusieurs mises à jour. Aujourd’hui, il ressemble à un album photo dont les plus belles images auraient été prises avant que l’appareil ne tombe dans la piscine.

BIEN

Points forts

  • Une île très séduisante
  • Le vélo, vrai plaisir
  • Marubi a du potentiel

Points faibles

  • Bugs parfois bloquants
  • Quêtes vite répétitives
  • Personnages trop légers

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