Apartment No 129

Il existe une catégorie de survival horror que j’aime profondément. Pas parce qu’ils sont bons. Pas parce qu’ils sont révolutionnaires. Mais parce qu’ils donnent l’impression d’avoir été développés par une poignée de passionnés enfermés dans une cave humide pendant trois ans avec pour seules références Silent Hill 2, trois films italiens oubliés et une consommation inquiétante de café soluble. Apartment No. 129 appartient exactement à cette catégorie.

Un survival horror à la première personne où l'on explore un immeuble abandonné inspiré d'une légende urbaine turque. Entre exploration, énigmes, clés à récupérer, objets à combiner, monstres à éviter ou combattre et allers-retours incessants dans des couloirs qui semblent tout droit sortis d'un cauchemar locatif.

Dès les premières minutes, le jeu affiche ses intentions avec la discrétion d’un voisin qui perce un mur porteur à trois heures du matin. Regardez-moi ce brouillard. Regardez-moi ces couloirs délabrés. Regardez-moi ces appartements abandonnés où chaque meuble semble avoir assisté à quelque chose de traumatisant. Le jeu aime Silent Hill. Il aime tellement Silent Hill qu’on a parfois l’impression de surprendre une conversation gênante entre un fan obsessionnel et une photo de Masahiro Ito.

- PLATEFORMES : PC (Steam), XBOX SERIES, PS5

- DÉVELOPPEUR : Dead Witness

- ÉDITEUR : Dead Witness

- DATE DE SORTIE : 16 janvier 2026

Et pourtant, il faut reconnaître une qualité rare : l’ambiance fonctionne. Vraiment. Cet immeuble est le véritable héros de l’aventure. Chaque étage semble raconter une histoire. Chaque porte fermée paraît cacher un drame. Chaque appartement abandonné ressemble à la scène d’un événement que personne n’ose évoquer. Il y a quelque chose de profondément malsain dans cette architecture. Une sensation permanente que le bâtiment lui-même observe le joueur. Beaucoup de jeux d’horreur rêveraient d’atteindre un tel niveau de malaise avec aussi peu de moyens.

Un immeuble qui mérite son propre rôle au générique

Le problème, c’est qu’aimer quelque chose ne signifie pas forcément comprendre pourquoi cela fonctionne. Si l’ambiance est immédiatement convaincante, le reste ressemble souvent à une longue négociation entre une excellente idée et son exécution. On passe alors plusieurs heures à alterner entre fascination et exaspération.

Fascination parce que certains décors sont réellement réussis. Exaspération parce que le jeu adore vous faire traverser trois étages, récupérer une clé, revenir au rez-de-chaussée, découvrir qu’il faut maintenant trouver un fusible, retourner à l’étage précédent puis comprendre qu’il manque également une manivelle cachée dans une salle de bain que personne n’avait remarquée.

À un moment, je ne cherchais plus à résoudre les énigmes. J’essayais simplement de comprendre quelle rancune personnelle le développeur entretenait envers mes mollets.

Les amateurs de survival horror à l’ancienne toléreront probablement ces détours. Après tout, Resident Evil faisait déjà ce genre de choses en 1996. Mais là où les classiques donnaient l’impression que chaque détour participait à la construction du monde, Apartment No. 129 donne parfois l’impression de rallonger artificiellement son temps de jeu avec l’enthousiasme d’un étudiant essayant d’atteindre le nombre minimum de mots dans sa dissertation.

Un jeu qui réussit sa peur mais rate souvent son action

Et c’est dommage parce que lorsque Apartment No. 129 cesse de se battre contre lui-même, il devient étonnamment efficace. Il existe plusieurs passages où le silence fait presque tout le travail. Un couloir vide. Une porte entrouverte. Un bruit étrange provenant d’un appartement censé être désert. Rien de spectaculaire. Rien qui saute au visage. Juste ce malaise diffus que les bons jeux d’horreur savent provoquer.

Pendant ces instants, on aperçoit le jeu qu’il aurait pu être. Un excellent survival horror psychologique capable de rivaliser avec certaines productions bien plus ambitieuses.

Puis arrive une nouvelle énigme absurde ou un combat laborieux et la magie s’évapore comme un fantôme qui aurait raté son entrée.

Parce qu’il faut bien parler des affrontements. Ils sont là. Techniquement. Comme un cousin éloigné que personne n’a vraiment invité au mariage mais qui finit quand même sur les photos de famille. Chaque rencontre avec une créature donne l’impression que le jeu aurait préféré faire autre chose. Les animations manquent d’impact, les réactions des ennemis sont parfois étranges et la sensation générale rappelle ces vieux cauchemars où l’on essaie de courir sans réussir à avancer.

Ce n’est jamais catastrophique.

C’est pire.

C’est maladroit.

Suffisamment maladroit pour casser la tension au moment précis où elle commençait à s’installer.

Le plus frustrant dans tout cela, c’est qu’Apartment No. 129 possède quelque chose que beaucoup de jeux indépendants cherchent sans jamais le trouver : une véritable personnalité.

Cet immeuble reste en mémoire.

Ses appartements restent en mémoire.

Certaines images restent en mémoire.

Dans quelques semaines, il sera probablement impossible de se souvenir de la moitié des énigmes, mais il sera très facile de se rappeler ce sentiment désagréable d’errer seul dans un bâtiment qui semble vous détester personnellement.

Et finalement, c’est peut-être pour cette raison que le jeu mérite qu’on s’y intéresse malgré ses nombreux défauts. Parce qu’il échoue souvent, mais rarement de manière ennuyeuse. Entre un jeu imparfait qui tente quelque chose et un produit parfaitement calibré qui ne provoque aucune émotion, je continuerai toujours à choisir le premier.

MON AVIS
Apartment No. 129 est un peu comme ces vieux DVD d’horreur trouvés au fond d’un vide-grenier. La jaquette est magnifique. Le résumé promet des merveilles. Le film lui-même est souvent bancal. Mais vingt ans plus tard, c’est pourtant lui dont on se souvient encore.

Le jeu est rempli de défauts. Les énigmes abusent parfois de la patience du joueur. Les combats semblent constamment lutter contre leur propre existence. Les allers-retours finissent par transformer l’immeuble en parcours de randonnée intérieure.

Mais malgré tout cela, il y a cette ambiance.

Cette satanée ambiance.

Cette capacité à transformer un simple couloir en source d’angoisse.

Cette faculté à faire exister un lieu.

Et c’est précisément ce qui sauve Apartment No. 129. Derrière ses maladresses se cache un véritable amour du survival horror. Pas forcément une compréhension parfaite de ses mécaniques, mais un amour sincère de son atmosphère et de ses codes.

Ce n’est pas un grand jeu.

Ce n’est même pas un jeu que l’on recommandera à tout le monde.

Mais pour les amateurs de survival horror indépendants, de séries B horrifiques et de projets imparfaits mais habités, cet étrange immeuble mérite au moins une visite.

Simplement… n’oubliez pas de prendre une lampe torche. Et un peu de patience.

BIEN MAIS PAS TOP

Points forts

  • Ambiance exceptionnellement réussie
  • Quelques vrais moments de malaise

Points faibles

  • Énigmes inutilement alambiquées
  • Combats maladroits
  • Trop d'allers-retours

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