Slender Man

J’hésite encore sur la tournure de phrase. « J’ai regardé un film hier soir » n’est clairement pas ce qui attire l’attention. « J’ai enfin vu Slender Man, le film bien évidemment » porte à confusion. Puis j’ai enfin trouvé. « Hier soir j’ai vu un film de merde et ça s’appelle Slender Man ». C’est une accroche expéditive qui sent le lynchage en règle, je n’aurais pas mieux. L’occasion idéal pour se demander si adapter tout et n’importe quoi au cinéma ne serait pas en vogue en ce moment. Nous avons eu l’exemple de Rampage et de Tomb Raider cette année et la qualité n’était clairement pas au rendez-vous. Hier soir j’ai vu un film de merde et il s’appelle Slender Man. Un uppercut dans ma gueule de cinéphile blasé qui se demande comment dix millions de dollars peuvent être investis dans une telle production. Un revers qui m’éclate les dents à coup de marteau comme dans un film de Park Chan-Wook. C’est en recrachant un peu de sang que la question de la soirée est tombée : Anne Hathaway sera-t-elle à la hauteur pour interpréter Barbie ?

Origine du mal, Photoshop et Creepypasta
J’adore les creepypasta avec une bonne sauce tomate qui tâche. Ces légendes urbaines diffusées sur internet ne sont souvent pas bien longues à lire et accompagnée d’un média pour illustrer le propos. Parmi les plus connues : Jeff The Killer, L’Expérience Russe ou encore La cartouche hantée de The Legend of Zelda Majora’s Mask. Une bonne narration et une photo/vidéo peuvent faire naître une légende urbaine du web. Le tout est bien évidemment fictif et purement ludique. C’est en 2009 sur le site Something awful que l’un des utilisateurs propose un fil de discussion consacré à des photomontages. C’est ici que Victor Surge se fait vite remarquer avec ses photos de groupes d’enfants accompagnés par une grande et maigre silhouette fantomatique. Il complète le tout de témoignages sur des enlèvements d’enfants et le tour est joué. Le Slender Man était né. Il a la particularité d’observer à distance ses victimes et de les rendre folles. Bref, une creepypasta qui a tout pour plaire et faire marcher notre imagination. Un peu trop chez certaine personne malheureusement.

Quand la réalité dépasse la fiction
Dimanche 1er juin 2009, au petit matin dans un parc près de Milwaukee, deux jeunes filles vont commettre l’irréparable. Elles vont attirer une de leur copine de classe en lui faisant croire à une partie de cache-cache des plus classique. Dix-neuf coups de poignard plus tard, la victime arrive à appeler la police. Sa survie, selon les médecins, s’est joué à « un millimètre ». Les deux jeunes filles avaient préparé depuis des semaines l’assassinat de leur copine. C’est là que les choses deviennent ambigües : les deux suspectes ont contre toute attente raconté avoir voulu la tuer pour prouver au monde l’existence de Slender Man. Le malaise est total. Il est capital de distinguer légende urbaine de réalité. Ce malheureux événement propulse le mythe du Slender Man sur le devant de la scène mondiale. Des livres, des nouvelles, des vidéos : tout y passe pour faire vivre cette grande grue en costume qui aurait pu faire carrière au centre des impôts.

Il est maintenant temps de parler du film qui est sortie cette année et du jeu le plus populaire sur le sujet.

Slender Man ou le club des quatre copines
Il est temps de prendre une grande inspiration et de se lancer. Rarement un film ne m’aura fait lancer autant d’insulte à la seconde à la gueule de mon écran de PC. Pour me justifier je vais me voir dans l’obligation de spoiler allégrement le film. Ce qui ne va visiblement gêner personne puisque tout le monde se fout de ce film. J’ai sacrifié 1h30 de ma vie pour vous. Le film s’ouvre sur notre groupe de filles qui ont des discussions stéréotypées de filles :

« Regardant sur un smartphone un chat qui danse.
– Il serait tellement plus mignon avec des chaussures.
– C’est dommage qu’il n’explose pas à la fin. »

Elles sortent de cours et abordent un groupe de garçons :

« – Regardez, des jeunes mâles dans leur habitat naturel ! Salut Tom, tu fais quoi ce soir ?
– Soirée privée.
– A d’accord. Soirée branlette ! »

C’est en organisant une soirée trop dark dans un sous-sol qu’elles vont découvrir le mythe du Slender Man via des vidéos trop dark sur un site trop dark en sirotant de l’alcool en se trouvant trop dark. Dans un élan de délire entre deux doigts d’honneur amicaux entre copines, elles décident d’invoquer Slender Man. Elles vont donc lire sa description dans Wikipédia et trouver une vidéo.

« – Ça sent le site russe plein de virus et de logiciels espions !
– Arrête de faire ta peureuse. »

Elles vont regarder la vidéo qui va leur défoncer le cerveau et les foutre par la même occasion dans la merde sinon ce n’est pas drôle.
C’est l’heure de notre quizz ! À la lecture de la dernière phrase, quel film vous est venu en tête :
– Les visiteurs la révolution
– Le flic de Belleville
– Parlez-moi de la pluie
– The Ring
Nous sommes à 7 mins 30 du film et le Slender Man se transforme en prétexte. Elles auraient regardé une vidéo des Jonas Brothers que le résultat aurait été le même. Mention honorifique à la vidéo qu’elles regardent. Il est vrai que regarder des arbres est très certainement la pire chose qui existe au monde. J’en tremble encore.

Les arbres me parlent
Katie va être la première victime de Slender Man. Elle va loucher sur la forêt en face du cimetière puis disparaitre. Dans la plus grande logique des choses, ses cop’s vont fouiller sa chambre et découvrir des choses édifiantes sur son PC. Elles vont découvrir qu’elle s’est filmée avant de définitivement disparaitre. La belle affaire. Je vais m’arrêter là pour le synopsis. On enchaine les clichés comme un boxeur enchaine les uppercuts. Le plus fatigant étant les ellipses. Tellement chiant que je pourrais y consacrer un paragraphe.

Ellipstique-moi
On va rapidement perdre la notion du temps dans ce film tellement c’est mal foutu. On va voir un « une semaine plus tard » pour faire genre puis plus rien. On enchaine les plans de jour et de nuit sans aucune cohérence. Quand elles doivent se retrouver dans la forêt : paf une ellipse. Retour chez elles : paf une ellipse. Le fil de l’histoire s’éclate comme un puzzle de 500 pièces. Ce trop plein d’ellipses va nous amener au plus gros point noir du jeu : les personnages. On ne prend jamais le temps avec eux et au final on ne sait absolument rien d’eux. Lorsque Katie passe à la trappe, il est impossible d’avoir la moindre compassion pour la simple et bonne raison que l’on ne la connait pas. Une actrice en moins au casting qui laisse derrière elle des répliques toutes aussi connes les unes que les autres. Ce sera le même problème avec Wren, Hallie et Chloé. A la rigueur Hallie à droit un flirt au milieu du film mais c’est insuffisant pour nous impliquer. Catastrophique.

Touche-moi les ampoules
Je vais répondre dès maintenant pour ceux du fond qui me demande si le film à des points positifs. Je vais donner un bon point à la colorimétrie et à la mise en scène qui reste dans la moyenne haute de ce genre de film. Certains thèmes musicaux sortent du lot. Les interprétations sont correctes. Voilà voilà.

A la place je vous conseille
L’incontournable Project Blair Witch de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez
Le méconnu Death Silence de James Wan (photo ci-dessous)
Le génial Candyman de Bernard Rose

Slender : The arrival (PC/360/PS3/ONE/PS4)
Si vous tenez absolument à passer une soirée sur le thème de Slender Man, le jeu est quant à lui réussi. Il ne révolutionne en rien le genre et ne fait clairement pas le poids face à un Outlast ou un Layers of Fears. En revanche il constitue la meilleure entrée en matière pour qui souhaiterait s’essayer au genre. L’ambiance y est encore remarquable malgré des graphismes qui accusent un âge certain.

Cette adaptation gros budget de Slender Man est un échec. Je vous aurez prévenu.

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