Certains jeux ont des idées. Onirism, lui, en a trop.
C’est un peu comme si un gamin de dix ans avait découvert Unity, avalé un paquet de Smarties et crié : « Et si on faisait Ratchet & Clank, mais en cauchemar pastel, avec un pistolet à bulles, 300 ennemis, et un mode coop ? »
Et contre toute attente, quelqu’un a dit oui.
Plateformes : PC
Développeur :Crimson Tales
Éditeur :Shoreline Games
Sortie : 23 octobre 2025
Développé par Crimson Tales, un tout petit studio français de cinq personnes qui semble animé par une force mystique à base de café et de passion, Onirism est de ces projets qu’on n’ose pas juger trop sévèrement. Parce qu’au fond, il est sincère, ambitieux, et fait avec les tripes.
Lancé en accès anticipé en 2019, il n’est arrivé en version 1.0 qu’en octobre 2025, après six ans de refontes, d’expérimentations et de bugs. Et le résultat est à la fois fascinant et… un peu inquiétant.
On incarne Carol, une fillette armée jusqu’aux dents qui part récupérer son doudou Bunbun, enlevé par une créature mystérieuse. L’aventure l’embarque dans le monde de Créaria, un univers hallucinogène entre rêve d’enfant et fièvre tropicale.
C’est un jeu d’action à la troisième personne, de plateforme, de shoot, parfois même d’exploration pure. On y saute, on tire, on vole, on bricole, on meurt, on recommence. Et on recommence beaucoup.
Le jeu déborde d’idées : plus de 30 armes, 300 ennemis, des gadgets loufoques, des boss géants, des zones semi-ouvertes, du multijoueur local et en ligne, de la coop, du versus, et même des costumes à collectionner par centaines.
C’est un monde qui refuse de se taire. Chaque niveau tente quelque chose, parfois avec brio, parfois avec la grâce d’un pingouin sur du carrelage mouillé.
Artistiquement, c’est une réussite de cœur. Onirism évoque la GameCube, les vieux jeux Dreamcast, cette époque où le fun primait sur la cohérence.
Les couleurs hurlent, les décors débordent, les musiques oscillent entre chef‑d’œuvre chiptune et bruit de machine à laver. Mais tout est vivant, tout est habité.
On sent le plaisir du faire, cette créativité brute qui préfère rater avec panache que réussir sans âme.
Et quand ça marche — quand le gameplay, la direction artistique et la musique s’alignent, quand un saut parfait enchaîne un tir précis et qu’un boss explose dans une pluie de particules roses — on retrouve cette émotion rare : celle d’un jeu qui ose trop, mais pour de bonnes raisons.
Sauf que… tout ça repose sur des fondations en gelée.
Techniquement, Onirism est un cauchemar éveillé.
Les collisions s’effondrent, les checkpoints oublient d’exister, les ennemis apparaissent dans le sol, les scripts se bloquent, les sauvegardes disparaissent, et les musiques se superposent jusqu’à l’agonie de la carte son.
On pourrait en rire, si ce n’était pas si fréquent.
Le moteur Unity est ici malmené, saturé, compressé, et on sent que chaque nouvelle idée ajoutée au fil des années a été collée sur la précédente sans que personne n’ose toucher au socle. Résultat : le jeu est instable, parfois injouable, et toujours imprévisible.
Et c’est dommage, parce que derrière ce chaos, on sent une vraie maîtrise artistique, une envie sincère de proposer un jeu d’action à l’ancienne, mais avec une identité forte.
On peste, on rit, on recommence.
On s’énerve, on soupire, et on relance quand même. Parce qu’au fond, on y croit.
Ce jeu, c’est un peu l’incarnation de la scène indé française : minuscule, courageuse, imparfaite, et pourtant capable de créer quelque chose de vraiment singulier.
Alors oui, Onirism plante. Il s’effondre parfois. Il se ridiculise même.
Mais il essaie.
Et rien que pour ça, il mérite d’exister.
MON AVIS
En refermant Onirism, on se dit que ce jeu n’est ni bon, ni mauvais. Il est courageux.
Un projet humain, débordant de défauts, mais aussi d’amour, d’effort, et d’une imagination qu’aucune mise à jour ne pourra jamais corriger.
BIEN +
Points forts
- Une direction artistique foisonnante et unique
- Un gameplay surprenant, varié, inventif, qui multiplie les idées et les expérimentations
- Une sincérité désarmante : chaque minute transpire la passion
Points faibles
- Une instabilité technique préoccupante : bugs, freezes, collisions, tout y passe.
- Une ambition trop grande pour sa structure : Onirism s’écroule souvent sous son propre poids
Test effectué sur :
PC (Steam)

