Un jour, Capcom a regardé Mega Man, ce petit bonhomme bleu qui saute depuis quarante ans sur des plateformes avec la détermination d’un huissier en armure, et s’est dit : “Et si on lui donnait un adolescent triste, un alien, des ondes électromagnétiques, des cartes de combat, une grille tactique, et suffisamment de versions différentes pour faire croire à un rayon Pokémon sous caféine ?”
Normalement, ce genre de décision finit dans un classeur intitulé “idées à ne pas sortir avant 2006”. Sauf que non. Ça a donné Mega Man Star Force. Et vingt ans plus tard, ça revient dans une compilation tellement généreuse qu’on dirait que Capcom a vidé le grenier en gardant les câbles RGB.
Mega Man Star Force Legacy Collection est une compilation action-RPG / JRPG qui réunit les sept versions principales de la série Mega Man Star Force, sortie à l’origine sur Nintendo DS entre 2006 et 2008. On y suit Geo Stelar, un adolescent solitaire qui fusionne avec une entité extraterrestre, Omega-Xis, pour devenir Mega Man et régler des problèmes qui, comme souvent dans les années 2000, impliquent des ondes, des monstres numériques et des adultes irresponsables.
La collection est développée et éditée par Capcom. Elle est sortie le 27 mars 2026 sur Nintendo Switch, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X|S et PC via Steam. Elle regroupe les trois épisodes de la saga, mais avec leurs déclinaisons : Pegasus, Leo, Dragon, puis les deux versions de Star Force 2, et enfin Black Ace et Red Joker pour Star Force 3. Autrement dit : trois grands jeux, sept portes d’entrée, et cette merveilleuse impression d’ouvrir une boîte de céréales dans laquelle quelqu’un aurait caché un planning de collectionneur.
- PLATEFORMES : PC (Steam), XBOX SERIES, SWITCH, PS5
- DÉVELOPPEUR : Milestone
- ÉDITEUR : Milestone
- DATE DE SORTIE : 29 avril 2026
La première énorme qualité de cette collection, c’est son contenu. Sept versions réunies, ça pose tout de suite les choses. Certes, il faut être clair : on ne parle pas de sept jeux totalement différents. Comme à l’époque des grandes manœuvres Pokémon, certaines versions partagent une grosse structure commune avec des variations, des cartes, des formes, des boss ou des spécificités propres. Mais l’ensemble reste généreux, surtout pour qui découvre la série aujourd’hui.
Et c’est là que la collection devient passionnante : elle ne se contente pas de dire “voici des vieux jeux, débrouillez-vous avec vos souvenirs”. Elle remet en lumière une branche de Mega Man longtemps coincée entre deux nostalgies. D’un côté, les fans de Mega Man Battle Network. De l’autre, les amateurs du robot bleu plus classique. Entre les deux, Star Force a souvent eu l’air du cousin bizarre invité au repas de famille, celui qui parle d’ondes électromagnétiques pendant que les autres demandent le sel.
Sauf qu’en 2026, ce cousin bizarre a très bien vieilli. Il arrive avec ses idées, son rythme, ses combats nerveux, son ambiance shōnen de poche et cette sincérité très DS qui sent le plastique solide, les sprites propres et les après-midis où l’on jouait trop près d’une fenêtre.
Sept jeux pour le prix d’une compilation, ou l’art délicat de faire passer la Nintendo DS pour une mine d’or oubliée
Au début, le système de combat peut surprendre. On n’est pas dans un Mega Man classique. On n’est pas non plus dans un JRPG traditionnel où tout le monde attend poliment son tour pour se taper dessus avec une animation de feu. Ici, les combats mélangent action en temps réel, déplacement sur une grille et cartes de combat. Le joueur se déplace surtout sur une ligne, choisit ses cartes, attaque, esquive, bloque, attend le bon moment, puis recommence.
Sur le papier, ça ressemble à une punition inventée par un professeur de mathématiques qui aurait trop aimé les cartes Panini. En pratique, ça fonctionne étonnamment bien.
Les combats ont ce petit truc immédiat qui accroche. Il faut lire l’ennemi, choisir ses cartes, gérer le timing, comprendre les patterns, accepter de se faire toucher bêtement parce qu’on a voulu jouer au génie avec une main de cartes médiocre. Le jeu reste accessible, mais il demande de l’attention. Il a une vraie nervosité. Une vraie personnalité. Et surtout, il procure cette satisfaction très particulière des systèmes qui paraissent étranges pendant dix minutes, puis deviennent évidents, puis dangereux pour votre temps libre.
Ce qui rend Mega Man Star Force intéressant, c’est son mélange permanent entre stratégie et réflexe. Il ne suffit pas d’avoir de bonnes cartes. Il faut savoir les utiliser au bon moment. Il ne suffit pas d’avoir compris une attaque. Il faut bouger correctement. Il ne suffit pas de foncer. Il faut construire un deck qui ressemble à autre chose qu’un tiroir à câbles.
Et c’est précisément là que la série trouve son identité. Elle hérite de l’esprit Battle Network, mais elle choisit une perspective différente, plus frontale, plus resserrée. On voit l’ennemi de face, on se déplace moins librement, mais le rythme gagne en impact. Chaque combat devient une petite scène électrique où l’on envoie des attaques avec l’assurance d’un enfant qui aurait obtenu les clés du tableau électrique municipal.
La collection ajoute aussi des options de confort bienvenues : sauvegarde automatique, filtres visuels, ajustements d’affichage, options d’assistance, bonus cards, galerie, lecteur musical, combats et échanges en ligne. Ce ne sont pas des gadgets jetés dans la boîte pour faire joli. Ce sont des ajouts qui rendent l’ensemble beaucoup plus agréable à reprendre aujourd’hui.
Une histoire de gamin, d’alien et de père disparu qui touche plus juste que son emballage bleu électrique ne le laisse croire
l serait facile de regarder Mega Man Star Force comme une série uniquement portée par ses combats. Pourtant, il y a une vraie fibre narrative derrière. Geo Stelar n’est pas juste “le nouveau garçon avec des cheveux de protagoniste”. C’est un enfant marqué par la disparition de son père, isolé, fermé, qui va progressivement renouer avec les autres à travers sa relation avec Omega-Xis et les liens qu’il construit autour de lui.
Évidemment, on reste dans un récit jeunesse, avec ses grands sentiments, ses menaces technologiques, ses personnages parfois très écrits “anime du samedi matin”. Mais c’est justement ce qui fait son charme. Star Force ne fait pas semblant d’être un drame adulte avec trois couches de cynisme et une scène sous la pluie. Il assume son cœur simple, ses émotions claires, sa foi dans l’amitié, les liens, la confiance, et tous ces mots qui semblent naïfs jusqu’au moment où un jeu les utilise correctement.
Et ici, ça marche souvent. Parce que derrière les ondes électromagnétiques, les entités extraterrestres et les noms qui ressemblent à des modèles de routeur, il y a un gamin qui apprend à sortir de sa solitude. C’est modeste, mais sincère. Et la sincérité, dans un vieux JRPG portable, c’est parfois plus précieux qu’un scénario qui cite Nietzsche entre deux menus de compétence.
Une bonne compilation ne doit pas seulement rendre les jeux disponibles. Elle doit donner envie de les redécouvrir. Sur ce point, Mega Man Star Force Legacy Collection fait très bien son travail. On y trouve une galerie d’illustrations, un lecteur musical, des arrangements sonores, des options modernes, des fonctionnalités en ligne, et tout un habillage qui rappelle les autres Legacy Collection de Capcom.
La collection permet aussi d’accéder à du contenu bonus qui était compliqué, rare ou lié à des événements à l’époque, notamment certaines cartes spéciales. C’est important, parce que les jeux DS vivaient souvent avec tout un écosystème de distribution, d’événements, de jouets, de fonctions locales, de petits machins impossibles à retrouver proprement vingt ans plus tard sans faire appel à un moine archiviste et une console au plastique jauni.
Ici, Capcom rend tout ça plus accessible. Et c’est exactement ce qu’on demande à ce genre de collection : ne pas seulement conserver, mais réparer les trous de la mémoire. Faire en sorte que le joueur moderne ne se sente pas puni parce qu’il n’était pas au bon endroit en 2007 avec la bonne cartouche et un ami physiquement présent, cette technologie ancienne aujourd’hui remplacée par des gens qui disent “on se capte Discord”.
Évidemment, tout n’est pas parfaitement lisse. Ces jeux viennent de la Nintendo DS, et ça se sent. L’affichage, l’interface, certains choix de présentation, le rythme des dialogues, la structure générale : tout porte encore la marque d’une époque où deux écrans semblaient être le futur de l’humanité, juste avant que l’humanité décide surtout de regarder des vidéos verticales de gens qui découpent du savon.
Sur grand écran, l’adaptation fonctionne, mais elle garde parfois ce petit côté “jeu portable agrandi avec respect”. Ce n’est pas laid, loin de là. Les graphismes ont même plutôt bien vieilli grâce à leur direction artistique lisible et colorée. Mais il faut accepter que l’on joue à des titres conçus pour une machine bien précise, avec des codes bien précis.
Et franchement, ce n’est pas un drame. Il vaut mieux une collection qui assume ses rides qu’un lifting trop violent qui transforme un jeu DS en mannequin de cire sous filtre HD. Ici, l’âge se voit, mais il participe aussi au charme. Comme une vieille cartouche qu’on souffle par réflexe alors qu’on sait très bien que ça ne sert à rien.
Uniquement en anglais, parce que même les trésors ont parfois un caillou dans la chaussure
Le vrai regret, pour le public francophone, c’est l’absence de traduction française. La collection reste en anglais, ce qui pourra freiner celles et ceux qui veulent profiter pleinement des dialogues, des descriptions de cartes et de l’univers sans devoir convoquer leur anglais scolaire entre deux combats.
C’est dommage, surtout pour une compilation qui remet en avant une série à forte dimension narrative. On peut s’en sortir avec un niveau correct, bien sûr, mais une localisation française aurait été un vrai confort. Pas seulement un bonus. Un vrai geste envers les joueurs qui découvrent aujourd’hui cette sous-série.
Ce n’est pas suffisant pour gâcher l’ensemble, mais c’est suffisant pour grogner dans sa barbe. Même sans barbe. Même avec une peau parfaitement lisse et une colère grammaticalement propre.
Vieillot parfois, brillant souvent, et beaucoup plus attachant que son nom à rallonge ne le laisse croire
Mega Man Star Force Legacy Collection réussit surtout parce qu’elle redonne une vraie place à une série qui le mérite. Oui, certains aspects ont vieilli. Oui, la structure peut sembler répétitive si l’on enchaîne tout sans respirer. Oui, les différentes versions demandent d’accepter une logique de compilation héritée d’une époque où multiplier les déclinaisons était presque un sport olympique.
Mais le cœur fonctionne. Les combats sont nerveux. Le contenu est généreux. L’ambiance est unique. Le personnage de Geo apporte une sensibilité différente à l’univers Mega Man. Et la collection fait suffisamment d’efforts pour rendre le tout agréable aujourd’hui.
C’est exactement le genre de compilation qu’on aime : pas un simple dépôt de ROMs avec un menu triste, mais une porte d’entrée soignée vers une série qu’on avait parfois laissée flotter trop loin dans l’orbite Capcom.
MON AVIS
Ebola Village n’est pas un bon jeu. C’est même probablement un mauvais jeu mais il se révèle être aussi un objet plus curieux qu’il n’y paraît : un jeu d’horreur russe fauché, bancal, parfois consternant, mais suffisamment absurde pour devenir presque attachant dans sa chute. Comme clone de Resident Evil, le jeu échoue à retrouver la tension, l’élégance et la construction intelligente de son modèle. Comme survival horror, il manque de rythme, d’équilibre et de vraie peur. Comme nanar vidéoludique, en revanche, il possède ce petit pouvoir étrange des productions ratées mais vivantes : on le regarde s’effondrer, et parfois, entre deux murs moches et trois zombies increvables, on sourit et on s’attache.
EXCELLENT TRÉSOR DS EN ORBITE
Points forts
- Sept versions très généreuses
- Combats vraiment accrocheurs
Points faibles
- Pas de français
- Héritage DS très visible
- Répétitif si tout enchaîné





