The Green Light

Un phare possède normalement une fonction assez simple : empêcher les bateaux de terminer leur carrière dans un rocher breton. Dans The Green Light, il promet également la liberté, la paix intérieure et probablement une meilleure mutuelle. C’est beaucoup demander à une grosse ampoule posée au bord de l’eau, mais Fred n’a plus grand-chose à perdre. Avant de rejoindre cette lumière providentielle, notre homme devra néanmoins affronter une menace particulièrement redoutable : des interrupteurs, des objets dissimulés et des énigmes qui semblent parfois avoir été installées par un employé d’escape game légèrement hostile. La liberté est au bout du chemin, mais uniquement après avoir trouvé le code du cadenas.

The Green Light est un jeu d’horreur psychologique en vue subjective. Le joueur incarne Fred, un homme prisonnier d’un emploi sans avenir et d’une existence devenue aussi réjouissante qu’une réunion qui se serait réduit a un mail. Durant un service nocturne, une voix surgit à la radio et lui parle d’une mystérieuse lumière verte...

Fred décide donc de suivre cet appel. Le joueur traverse plusieurs environnements linéaires, inspecte les décors, récupère des objets, découvre quelques éléments narratifs et résout différentes énigmes afin de poursuivre sa route. Il n’y a ni combat, ni gestion de ressources, ni arbre de compétences permettant d’améliorer la résistance psychologique de Fred face aux tableaux électriques. Toute l’expérience repose sur l’exploration, l’ambiance et la progression du récit.

- PLATEFORMES : Steam, Epic Games Store, GOG et itch.io

- DÉVELOPPEUR : Waleedzo

- ÉDITEUR : Waleedzo

- DATE DE SORTIE : 29 janvier 2026

The Green Light appartient ainsi à cette grande famille du walking simulator horrifique dans laquelle le joueur avance principalement pour découvrir ce qui se trouve derrière la prochaine porte. L’aventure est courte et pensée pour être terminée en une seule session. Du moins, si personne ne passe vingt minutes à chercher l’objet minuscule chargé de débloquer le couloir suivant.

Une ambiance qui sait correctement éteindre la lumière

The Green Light possède une atmosphère plutôt convaincante. Les environnements nocturnes, les éclairages, les hallucinations de Fred et le travail sonore construisent une sensation d’isolement efficace. Le jeu sait ménager quelques apparitions et créer des images suffisamment inquiétantes pour donner envie de surveiller les coins sombres. Il utilise parfois des effets horrifiques très familiers, mais il comprend globalement comment installer une tension sans faire surgir une créature toutes les trente secondes.

La direction artistique manque encore d’une identité vraiment marquante. Certains décors fonctionnent très bien tandis que d’autres ressemblent davantage aux couloirs désormais habituels de l’horreur indépendante. Rien de catastrophique, mais The Green Light peine à produire une image ou une séquence capable de rester durablement en mémoire. Il possède une atmosphère, pas encore une véritable signature.

La narration dispose pourtant d’un sujet intéressant. Derrière le phare et sa lumière verte se cachent des thèmes liés à l’épuisement, au besoin de fuir, à l’insatisfaction et au prix que l’on accepte de payer pour se sentir enfin libre. Fred ne part pas simplement visiter un bâtiment abandonné parce qu’il s’ennuyait devant Netflix. Sa détresse donne du sens au voyage et permet au jeu d’aller chercher quelque chose de plus intime que le traditionnel démon installé dans une cave pour des raisons fiscales.

Le principal problème de The Green Light vient de ses énigmes. Non parce qu’elles seraient particulièrement brillantes ou incroyablement difficiles, mais parce qu’elles interviennent régulièrement comme des barrières placées au milieu de la narration. Il faut chercher un objet, comprendre un mécanisme, manipuler des interrupteurs ou interpréter un indice avant que Fred accepte enfin de reprendre sa marche.

Sur le papier, rien d’anormal. Une énigme peut rendre l’exploration interactive et empêcher le joueur de devenir un simple touriste équipé d’une lampe torche. Dans The Green Light, elles donnent cependant trop souvent l’impression de ralentir artificiellement une aventure qui aurait gagné à conserver un mouvement constant. La tension retombe, le récit s’interrompt et la peur laisse progressivement sa place à cette question beaucoup moins mystique : « Qu’est-ce que le jeu veut que je touche maintenant ? »

Dès son arrivée en accès anticipé en 2015, avant sa sortie définitive en 2016, Layers of Fear avait contribué à fixer une partie de la grammaire moderne de l’horreur narrative à la première personne. Il avait surtout rappelé une règle importante : lorsqu’un jeu repose avant tout sur son ambiance, ses énigmes doivent rester rares, lisibles et entièrement soumises au rythme du récit. Le joueur est là pour avancer dans l’histoire, pas pour tourner en rond jusqu’à connaître personnellement chaque pied de chaise.

The Green Light oublie parfois ce principe. Ses énigmes ne sont pas nécessairement mauvaises lorsqu’on les examine séparément, mais elles occupent une place trop importante dans une aventure aussi courte. Chaque blocage paraît alors plus long qu’il ne l’est réellement. Au lieu d’accompagner la narration, elles la rendent lourde et cassent régulièrement l’élan dramatique.

Il faut replacer The Green Light dans son contexte. Le jeu a été développé en solo par Waleedzo, qui assure également son édition sur PC. Le créateur se présente comme un développeur indépendant travaillant seul et la presse spécialisée décrit également le projet comme une production solo. Il déclare par ailleurs sur la page itch.io officielle qu’aucune intelligence artificielle générative n’a été employée.

Cette dimension solitaire explique certaines limites, mais elle ne doit pas devenir une couverture capable d’effacer chaque défaut. Le jeu possède de bonnes intentions, une vraie sensibilité et plusieurs idées de mise en scène intéressantes. Waleedzo sait construire une ambiance et semble avoir des choses à raconter. Il doit maintenant apprendre à mieux organiser ses mécaniques autour de son récit et à supprimer tout ce qui empêche inutilement celui-ci d’avancer.

Un développeur solo qui doit encore trouver sa propre lumière

The Green Light ressemble à une œuvre de transition. Le potentiel est visible, mais la maîtrise ne suit pas encore complètement. Certaines scènes révèlent un développeur capable de produire une horreur intime et évocatrice. D’autres rappellent immédiatement qu’il lui reste du chemin avant de transformer ces qualités en une expérience parfaitement tenue.

MON AVIS
The Green Light n’est ni un désastre ni une révélation. Son atmosphère fonctionne, son sujet mérite d’être traité et son format court lui évite de diluer complètement ses qualités. Pourtant, les énigmes occupent trop de place et ralentissent une narration qui avait besoin de fluidité. À force de chercher comment ouvrir la prochaine porte, le joueur finit par perdre le fil émotionnel qui devait le conduire jusqu’au phare.

Le résultat reste intéressant lorsqu’on le considère comme le travail d’un développeur solo encore en construction. Waleedzo possède du potentiel, notamment dans sa manière de traiter l’isolement et de construire une ambiance nocturne. Mais le potentiel n’est pas encore la maturité. Celle-ci viendra peut-être avec un meilleur dosage, une identité plus affirmée et la capacité de laisser respirer une histoire sans déposer un cadenas sur chacun de ses paragraphes.

The Green Light donne donc envie de surveiller les prochains projets de son créateur davantage que de recommander celui-ci avec enthousiasme. Le phare est visible, la direction semble bonne, mais l’âge de la maturité n’est pas pour maintenant. Pour cette fois, la lumière restera orange.

MOYEN

Points forts

  • Une atmosphère nocturne efficace
  • Un sujet psychologique intéressant
  • Tarif abordable

Points faibles

  • Des énigmes trop envahissantes
  • Un rythme régulièrement brisé
  • Une identité encore trop timide

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