Certaines îles cachent des trésors, d’autres des créatures inconnues. Celle des Mookies a choisi de réunir les deux, avec des monstres brillants, cinq grandes familles et une araignée dont le sens du partage reste assez personnel.
Sous ses illustrations adorables, L’Île des Mookies dissimule un excellent jeu de majorité, de mémoire et de petites trahisons familiales, accessible dès quatre ans. La formule paraît presque trop simple pour fonctionner. Elle a pourtant remporté l’As d’Or – Jeu de l’année Enfant 2026, puis le Kinderspiel des Jahres 2026. Les petites créatures ont donc déjà rempli leur étagère à trophées avant même d’avoir appris à la dépoussiérer.
Les 36 cartes recto verso sont mélangées puis séparées en deux piles. À son tour, le joueur prend la première carte de l’une des deux piles, regarde ses deux faces et choisit celle qu’il souhaite utiliser. S’il sélectionne un Mookie, il pose la carte devant lui pour agrandir sa collection. S’il choisit une Araignée, il place la carte sur la collection adverse, car l’amitié entre un parent et son enfant mérite parfois d’être testée avec une bestiole à huit pattes.
Toutes les cartes collectées forment une pile unique. Impossible de les reprendre, de les trier ou même de les consulter pendant la partie. Il faut donc se souvenir des familles déjà récupérées sans pouvoir vérifier discrètement lorsque l’enfant regarde ailleurs.
- CRÉATION : Florian Sirieix
- ILLUSTRATIONS : Seppyo
- ÉDITEUR : Le Scorpion Masqué
- GENRE : Collection, majorité
La partie se termine dès que l’une des deux piles centrales est vide. Les joueurs classent alors leurs Mookies parmi cinq familles : Soleil, Lune, Fossile, Coquillage et Feuille. Celui qui possède la majorité dans une famille remporte son trophée. Les Mookies légendaires brillants comptent double, tandis que le joueur ayant reçu le plus d’Araignées perd l’un de ses trophées. Il suffit ensuite de compter les étoiles pour désigner le vainqueur.
L’intégralité des subtilités tient dans les cinq pages de la règle officielle. Il faut moins d’une minute pour expliquer le jeu et environ dix minutes pour découvrir que l’enfant de quatre ans possède une meilleure mémoire que toute la famille réunie.
Des petits monstres qu’on voudrait immédiatement mettre dans des classeurs
La boîte contient 36 cartes recto verso, dont cinq cartes brillantes, cinq trophées, un livret de règles et une grande affiche consacrée aux Mookies. Le fond de la boîte sert également de présentoir pour les trophées, une petite attention aussi simple qu’efficace.
Le véritable trésor reste le travail de Seppyo, qui donne vie à plus de soixante créatures. Chaque famille possède son identité, ses couleurs et ses évolutions visuelles. L’influence de Pokémon et Digimon est évidente, mais l’ensemble évite la copie paresseuse et construit son propre petit univers.
Les cartes légendaires brillantes produisent exactement l’effet attendu auprès des enfants : elles deviennent instantanément les objets les plus précieux de la maison. Il faudra simplement expliquer qu’une carte brillante ne doit pas être conservée sous l’oreiller, emportée dans le bain ou échangée contre trois cailloux à la récréation.
L’affiche prolonge intelligemment l’expérience en proposant de nommer les créatures rencontrées. Elle ne transforme pas le jeu, mais renforce l’attachement à cet univers et donne aux enfants l’impression de compléter leur propre encyclopédie de monstres.
L’Île des Mookies réussit quelque chose que beaucoup de jeux pour enfants ratent : proposer des règles extrêmement simples sans supprimer toute forme de décision. À chaque tour, il faut choisir une pile, découvrir le verso de la carte puis sélectionner entre deux possibilités. Ce n’est jamais compliqué, mais ce n’est presque jamais automatique.
Faut-il renforcer une famille déjà bien installée, commencer une nouvelle collection, récupérer un Mookie légendaire ou envoyer une Araignée chez l’adversaire ? Les majorités se construisent progressivement et la mémoire devient rapidement importante puisque les anciennes cartes disparaissent sous les nouvelles.
La mécanique des Araignées apporte juste ce qu’il faut de méchanceté. Elle permet d’embêter directement l’adversaire sans le sortir de la partie ni détruire toute sa collection. La perte d’un trophée reste douloureuse, mais suffisamment mesurée pour éviter de transformer la table du salon en tribunal international.
Les adultes peuvent jouer sérieusement sans écraser automatiquement les enfants. Ces derniers comprennent immédiatement les enjeux, progressent naturellement dans la mémorisation des cartes et commencent très vite à anticiper les majorités. Le jeu ne leur demande pas de lancer un dé en attendant que quelque chose arrive : il les laisse réellement décider.
Une mécanique minuscule qui fait de vrais choix
La rejouabilité repose sur le mélange des cartes, leurs deux faces et la séparation aléatoire entre les piles. Les choix disponibles changent à chaque partie et les collections cachées empêchent de contrôler parfaitement la situation.
Le hasard conserve une place importante. Un Mookie légendaire peut apparaître au moment idéal et une succession d’Araignées peut sérieusement modifier le résultat. Cette imprévisibilité convient toutefois parfaitement à la durée et au public visé. Une partie perdue ne provoque aucune frustration durable puisqu’une revanche peut commencer dix secondes plus tard.
La boucle ne possède évidemment pas la profondeur d’un grand jeu de stratégie. Elle reste presque identique d’une partie à l’autre, mais les dix minutes annoncées sont parfaitement calibrées. L’Île des Mookies ne cherche jamais à retenir les joueurs plus longtemps que nécessaire. Il arrive, pose ses cartes, provoque quelques choix intéressants puis disparaît avant que les adultes commencent à regarder leur téléphone.
MON AVIS
L’Île des Mookies est un véritable banger familial. Ses règles sont instantanées, son matériel donne immédiatement envie de jouer et sa mécanique de majorité possède suffisamment de subtilités pour intéresser les enfants comme les adultes.
Son exclusivité à deux limite forcément les occasions de le sortir et le hasard peut parfois décider du résultat. Ces réserves semblent néanmoins minuscules face à la qualité générale d’un jeu vendu autour d’une dizaine d’euros, expliqué en une minute et capable d’installer une vraie tension avec seulement deux piles de cartes.
Les récompenses reçues en 2026 ne relèvent donc pas d’un immense complot organisé par les Mookies. Florian Sirieix et le Scorpion Masqué ont simplement conçu l’un des meilleurs premiers jeux de majorité disponibles actuellement. C’est adorable, malin, rapide et légèrement méchant. Tout ce qu’on attend d’un bon jeu pour enfants, ainsi que de certains membres de la famille.
EXCELLENT
Points forts
- Des règles instantanées
- De vrais choix dès quatre ans
- Une direction artistique irrésistible
Points faibles
- Strictement deux joueurs
- Un hasard parfois décisif






